Le berger de Campan

Par | Le 12/11/2014 | Commentaires (0)

Mes maîtres vénérés venaient de terminer leur repas et c’était le moment sacro-saint où je m’installe confortablement dans mon coucouche-panier (un nom vraiment ridicule) situé sous la table de Julot (petit-nom de notre camping-car adoré) pour entamer ma sieste journalière bien méritée.

Blog de Doudouche - Le berger de Campan

Mais, dans mon tout premier sommeil, je suis réveillée par une agitation que je connais bien : tintements de gourdes métalliques et de thermos, sacs à dos jetés au sol et l’odeur bien particulière des chaussures de randonnées dont le parfum fait frétiller ma truffe.
« Mais je rêve ou l’on part en  rando !!! », moi qui adore çà, ce jour là et à cette heure là, je ne me sentais pas vraiment d’attaque !
J’avais envie de leur dire : « Allez y sans moi, je vais rester là pour garder Julot »
Je n’avais pas fini d’achever ma pensée que déjà l’on m’extirpait de ma couche, le collier autour de mon cou passé et la laisse attachée : nous partions réaliser la randonnée pédestre de Campan sous un soleil accablant !

Et mes 22 heures de sommeil par jour alors !!!

Ils n’ont toujours pas compris ces deux là que j’ai besoin de mes 22 heures de sommeil par jour !
Nous fûmes de suite dans l’action : ce mois d’octobre étant incroyablement chaud et la pente étant particulièrement raide ; comme aime à le préciser ma maîtresse : « c’était une  belle bavante qui s’annonçait ». J’avais la langue qui commençait à gonfler et le souffle court, je regrettais amèrement mon coucouche-panier à l’ombre de la table, dans Julot.

Quand c’est comme ça, je me cale et me calque sur les pas de ma maitresse devant moi et ceux de mon maitre qui ferme la marche, tout en prenant mon mal en patience, sans moufter.
En regardant autour de moi, j’étais bien obligée de constater que la montagne était belle comme le disait un certain chanteur célèbre à son époque (Il s’appelait Jean Ferrat je crois bien) et que l’automne venait d’arriver.
Le chemin à flanc de montagne, devenait de plus en plus pentu et nous conduisait vers le sommet que nous gardions en point de mire. Les derniers mètres étaient harassants et enfin ça y était, nous arrivions à bout de cette satanée crête, après deux heures d’effort intense.

Le travail du berger

Lorsque, tout à coup apparut au-dessus de nous, comme sorti de nulle part, un grand gaillard, canne de berger à la main, chemise ouverte et béret vissé sur la tête. A ses côtés, une espèce de chien remuant, courant partout et se disant gardien de troupeau, avait décidé de m’en mettre plein la vue. Son maître demanda gentiment aux miens de me tenir en laisse ce à quoi ils répondirent que j’avais une trouille bleue des brebis (bof…) et qu’il n’avait rien à craindre de ce côté là.
Après avoir reniflé à plusieurs reprises le chien de troupeau qui venait soi-disant d’Australie, me sembla-t-il, et voyant que mes maîtres entamaient la conversation, j’en profitais pour m’allonger mollement dans l’herbe en regardant l’impressionnant troupeau de brebis dont mon semblable avait la garde.

Les paysages et les chemins

J’entendais d’une oreille distraite ce qui se racontait : Eric Abadie, berger sur la commune de Campan dans les Hautes-Pyrénées, narrait si bien son métier !
Il expliquait à mes maîtres interressés que c’était lui et son troupeau qui façonnaient le paysage de ces montagnes alentour, lui, qui maintenait les chemins, les prairies et les « courtaous ». Lui, qui remontait les murs et restaurait les granges en ruine.

Il nous disait à quel point il aimait son travail et son pays avec une voix qui trahissait son émotion à la pensée qu’après lui tout s’arrêterait surement car il n’y aurait personne pour prendre sa suite ; les chemins se refermeront, les prairies se reboiseront et les granges s’effondreront nous dit-il. Tant d’années de travail pour rien !
Mes maîtres lui disaient avoir conscience à quel point son travail était important et précieux et qu’il fallait impérativement maintenir la vie et le pastoralisme en zone de montagne. Mais son métier est une vocation et peu de jeunes sont prêts à reprendre le flambeau derrière lui.
Ne me demandez pas ce qui c’est dit par la suite, car j’ai été prise d’un besoin impérieux de somnolence en voyant l’autre fou à poils roux courir en tous sens derrière ses stupides brebis. Pourtant, il a bien fallu repartir car je ne comptais pas me faire embaucher pour faire ce dur métier !
La suite de cette randonnée pédestre fut magnifique avec un beau coucher de soleil sur les estives, les granges et les forêts de hêtres qui commençaient à revêtir leurs belles couleurs chatoyantes et changeantes.

Quel beau chien de berger !

Malheureusement, j’ai dû supporter pendant toute la descente, les railleries de mes maîtres qui n’arrêtaient pas de me comparer au berger de troupeau australien et bien sûr, ce n’était pas à mon avantage.
Et qu’il était beau par ci, qu’il était vif par là et que ce n’était pas le genre à dormir tout le temps et que « lui » il se gagnait sa gamelle et qu’il comprenait tout ce qu’on lui disait et qu’il était intelligent et reconnaissant et j’en passe et des meilleures : une vraie entreprise de démoralisation !

J’en ai entendu bien d’autres et il m’en faut plus que ça pour m’empêcher de dormir sur mes deux oreilles et je sais bien qu’ils en rajoutent toujours et qu’ils ne pourraient pas se passer de moi car ils s’ennuieraient sans mes frasques.
Bien sûr, j’en fais pas des tonnes dans la journée mais je suis une intellectuelle qui a une analyse très fine et un sens aigu de l’observation et si j’ai bien compris, cet Eric Abadie, le berger de Campan leur a bien plu et les a bien ému et c’est pour cela que j’ai pris ma plus belle plume pour vous en parler car eux, n’auraient jamais osé.
Sur ce, je n’en dis pas plus car son chien m’en a mis plein la vue et je retourne me coucher car cette journée m'a épuisé...

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